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04.03.2006
Les bien-pensants
Je vais peut-être me faire lyncher, mais je le dis quand même.
Dans le milieu où je travaille, je n'arrête pas d'entendre une petite phrase prononcée sur un ton désespéré, d'un air soit attristé, soit contrarié selon les circonstances : "oui, mais, c'est sûr, avec le gouvernement actuel, de toute façon..."
Sous-entendu, gouvernement de droite, bons à rien, etc, etc...
Je préviens tout de suite, que personnellement je sois de droite ou de gauche, n'est pas le sujet de cette note pour la bonne raison que je ne sais pas moi-même me situer politiquement. Mais c'est l'honnêteté intellectuelle qui me caractérise (ben, oui, évidemment!), qui me fait réagir.
Ceux qui prononcent cette phrase sous-entendent à tous coups que leur(s) interlocuteur(s) est de gauche, comme eux, puisqu'il ne peut y avoir d'autre solution envisageable, n'est-ce pas ! Les gens bien sont tous de gauche, c'est bien connu. Quelle honte d'être de droite, ou encore pire, de ne pas avoir d'avis du tout ! Que dis-je, honte, plutôt sacrilège, crime de lèse-majesté, haute trahison !
Ceux qui prononcent cette phrase refusent aux autres le droit de penser librement, d'avoir une opinion propre. Si on ose exprimer un avis contraire, on est immédiatement stigmatisé traître à la nation et donc on n'ose pas s'exprimer, justement. Et ils disent qu'ils sont pour la démocratie ?!!! Bel exemple !
On dit que l'école est laïque, alors qu'elle le soit pour de bon, y compris dans la salle de classe ou dans les multiples séminaires auxquels nous sommes, qu'on ne parle plus de politique, sinon un jour je vais m'énerver et ça va faire mal ! (à qui, on ne sait pas encore...)
11:35 Publié dans dérapage | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note




Commentaires
Evidemment qu'il n'y a pas d'autre solution envisageable qu'être de gauche. D'ailleurs, on l'a vien vu en 2002, quel succès !!!
Sinon, pour tenter de te situer politiquement : www.politest.fr
Ecrit par : Christophe | 04.03.2006
Ton billet me plait bien car il me rappelle une expérience que j'ai eu l'an dernier, la veille d'une grève. Une collègue, prof de français, me demande : "bon, tu fais grève au moins demain ?". Quand je lui réponds que non, elle rétorque : "mais, c'est quoi cette dépolitisation des enseignants, c'est nul!". Elle aurait pu au moins admettre que ne pas faire la grève, c'est aussi un choix politique, même si elle ne partage pas ce choix.
Je partage complètement ton point de vue. La vraie tolérance, c'est admettre qu'il est possible que l'autre pense autrement et ne pas l'englober dans son point de vue sans qu'il est son mot à dire. Ce qui m'amuse, c'est quand ce sont les gens qui se veulent les plus progressistes et ouverts d'esprit qui agissent de la sorte.
Ecrit par : Steph | 05.03.2006
"Ceux qui prononcent cette phrase sous-entendent à tous coups que leur(s) interlocuteur(s) est de gauche" c'est vrai que c'est une chose assez fréquente chez les profs, quand même...
en tant qu'enquêtrice, j'ai une longue expérience du prof, je les reconnais toujours parce que ce sont les seuls à accepter de répondre à toutes les enquêtes possibles et imaginables (même aux questions sur "combien de fois par semaine achetez vous de la viande de porc"), les seuls à accepter de se situer dans une tranche de revenus (n'ont pas honte de ce qu'ils gagnent apparemment) et les seuls à dire sans se faire prier leur orientation politique.
il est vrai qu'à cette question, nombre d'entre eux sont de gauche! j'avais fait une enquête sur l'image de Fillon suite à sa récente nomination comme ministre de l'Education Nationale, c'était assez drôle. Pas un seul de mes interviewés en avait une image positive, c'était radical :-)
Ecrit par : Jess | 07.03.2006
En même temps, autant ne pas parler politique dans les salles de classe, c'est la moindre des choses, autant parler politique entre adultes en salle des profs ne me paraît pas absurde. On fait tout de même un métier extrêmement lié à la politique, d'une part parce qu'on en subit les décisions (bonnes ou mauvaises), d'autre part parce qu'on est en première ligne en terme d'engagement dans la cité (c'est bien le sens de "politique", au départ...).
M'enfin, je dis peut-être ça parce que je suis de gauche ! ;o)
Alors, oui, je confesse :
1. M'énerver très régulièrement en public - y compris en salle des profs - contre la politique menée par le gouvernement actuel et contre les péroraisons scandaleuses du patron de l'UMP (que j'estime être un dangereux personnage).
2. Déplorer un désintérêt de la politique parmi les gens de ma génération, profs or not (je ne parle pas là de ne pas savoir se situer, mais d'une certaine indifférence)
Ce qui ne m'a pas empêché d'avoir de très intéressants (et vifs) débats politiques avec deux collègues... de droite, l'an dernier, en salle des profs ! ;o)
Ecrit par : Eiffel | 07.03.2006
Salut,
En réponse au message d’Eiffel, juste quelques éléments. Je ne suis pas tout à fait d’accord.
La conscience politique ne s’exprime pas que dans le militantisme. Cette conception très marxiste est d’ailleurs un peu passée. Les mouvements altermondialistes, très politisés, pas franchement de droite, s’attachent à des idées, des engagements plus qu’à une étiquette. Ils préfèrent en général cette forme plus souple, moins dans un carcan. Le fonctionnement des partis tels qu’actuellement en est d’ailleurs une des causes. Dans les partis entre la droite ligne et les shadocks, l’équilibre semble parfois délicat…
Je ne vais pas m’étendre sur ceux qui au motif de défendre une forme de tolérance, persuadés que leur position est l’unique correcte, ne laissent pas la place aux autres de penser différemment. Je suis d’accord avec Mathilde.
Il y a parfois un petit côté « tout le monde s’accorde à critiquer la pensée unique ».
Je ne vais pas rire de leur incapacité à contrôler leurs éléments qui dépassent les bornes. Que dire du délai mis par les instances du PS pour réagir aux propos de M Georges Frêche ?
Qu’imaginer comme réaction si un homme de droite, même modérée, avait prononcé de telles paroles…
Juste pour avoir de la famille prof, avoir subi des dîners, des collègues, des histoires de… et ne pas l’être devenu, je peux dire que le dogmatisme du corps enseignant est assez ahurissant. Que le côté surpolitisé est épuisant. As-tu déjà entendu un prof dire du bien d’un ministre, d’une réforme… ou d’un changement quelqu’il soit ? C’est rare. Mais alors pour faire la grand-mère à moustache, pour dire que l’éducation nationale est fichue, transformée en garderie, sans moyens (alors que c’est un des plus gros budgets de l’état, des régions et des départements), je connais des volontaires assez brillants.
Alors, ce n’est pas sans raison que les profs se plaignent. Pas sans raison matérielles ou morales (sont-ils assez écoutés, considérés collectivement et individuellement ? Je ne le crois pas) Mais en quoi depuis toutes ces années ces « contestataires » ont-ils été « force de progrès » ? En quoi ont-ils accompagnés positivement le changement de la société ?
Est-ce que cette conception très « défensive » de la relation au changement est une philosophie de vie qui permettra de faire se sentir mieux les jeunes dans une société complexe ? Comment peuvent-ils l’inverser pour faire émerger du positif et faire voir que l’on peut rendre ce monde meilleur ? (attention, ceux qui disent « je suis rassuré, ce n’est pas complètement perdu », ne sont pas positifs…)
Par ailleurs Eiffel, je ne vois pas en quoi le corps professoral est plus fondé à discourir politique qu’une autre profession. Certes vous êtes fonctionnaires, mais cela ne vous confère aucun avantage, bien au contraire. Vous avez une obligation de réserve vis à vis des élus. Vous êtes là pour appliquer une politique et non en décider… la commenter ou refuser de l’appliquer…
Et c’est bien d’être conscients de son rôle politique, de discourir, mais parmi les élus combien sont des fonctionnaires de l’éducation nationale ? Quel engagement politique réel subsiste hors de la salle des profs ?
« Tu causes, tu causes, n’est-ce pas tout ce que tu sais faire ? » C’est ce que j’ai envie de leur dire qu’en j’en croise chez moi…
Alors... je suis un peu d'accord avec Mathilde. Je m'excuse du côté virulent de mes propos, mais c'est épidermique chez moi. J'ai trop eu à supporter des gens bornés et dogmatiques qui écrasaient les mal-pensants de droite... comme moi... en pensant défendre la vraie laïcité républicaine.
La bonne question est que peut-on faire pour ramener les jeunes à s'approprier les sujets politiques, et par la même uen conscience collective ?
A+
Nicoju
Ecrit par : Nicoju | 08.03.2006
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